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Entraînement cognitif

Peut-on augmenter son QI ? Ce qui marche et ce qui ne marche pas

Lecture 8 min Mis à jour en 2026

La question mérite d'être reformulée avant d'être traitée. Augmenter son score à un test et augmenter ses capacités de raisonnement sont deux choses différentes, et c'est précisément l'écart entre les deux qui a fait la fortune de l'industrie de l'entraînement cérébral.

Le piège du transfert

Toute intervention cognitive se juge sur trois niveaux, du plus facile au plus exigeant.

Le progrès sur la tâche entraînée est presque garanti : quiconque s'exerce à un exercice y devient meilleur. Le transfert proche concerne des tâches similaires ; il s'observe assez souvent. Le transfert lointain — une amélioration du raisonnement général, mesurable sur des épreuves sans rapport avec l'entraînement — est le seul qui justifierait de parler d'augmentation du QI.

C'est ce troisième niveau qui pose problème, et c'est celui que la publicité promet.

L'entraînement de la mémoire de travail

L'espoir le plus sérieux est venu de là. Une étude publiée en 2008 par Susanne Jaeggi et ses collègues suggérait qu'un entraînement intensif à une tâche exigeante de mémoire de travail, le n-back, améliorait l'intelligence fluide. L'écho a été considérable et a lancé toute une industrie.

Les tentatives de réplication ont donné un tableau bien moins favorable. Les synthèses conduites notamment par Monica Melby-Lervåg et Charles Hulme, portant sur de nombreuses études, concluent que l'entraînement améliore nettement la performance à la tâche entraînée, produit un transfert proche limité, et ne démontre pas de transfert lointain fiable vers l'intelligence fluide.

Plusieurs biais expliquent les résultats initiaux : groupes témoins passifs, effectifs réduits, absence d'aveugle, et publication préférentielle des résultats positifs.

Les applications commerciales

En 2014, un large collectif de chercheurs en sciences cognitives et en neurosciences a publié une déclaration commune indiquant que les preuves ne soutenaient pas les promesses de l'industrie du brain training quant à une amélioration générale des capacités cognitives ou une protection contre le déclin lié à l'âge.

Sur le terrain réglementaire, la Federal Trade Commission américaine a conclu en 2016 un accord avec l'éditeur de Lumosity, assorti d'une sanction financière, au motif que les allégations publicitaires sur les bénéfices scolaires, professionnels et sur le risque de déclin cognitif n'étaient pas étayées.

Cela ne signifie pas que ces jeux soient nocifs ou dénués d'intérêt. Ils sont souvent plaisants et stimulants. Ce qui n'est pas démontré, c'est qu'ils rendent meilleur à autre chose qu'à eux-mêmes.

L'effet de pratique. Repasser un test d'intelligence fait mécaniquement monter le score, surtout la deuxième fois, sans qu'aucune aptitude n'ait changé : on a simplement compris le format et les stratégies attendues. Les psychologues l'anticipent en imposant un délai entre deux passations. C'est aussi pourquoi un score obtenu au dixième test en ligne d'affilée ne veut plus grand-chose.

Ce dont l'effet est établi

La scolarisation

C'est de loin l'intervention la mieux documentée. Des études exploitant des réformes ayant allongé la durée obligatoire de scolarité dans différents pays permettent d'approcher une causalité, puisque la réforme s'applique indépendamment des caractéristiques individuelles.

Leurs résultats convergent : chaque année de scolarité supplémentaire est associée à un gain de l'ordre de quelques points de QI, et ce gain persiste. L'école ne se contente pas de transmettre des connaissances ; elle entraîne durablement des opérations que les tests mesurent.

L'effet Flynn

La hausse des scores bruts observée sur plusieurs générations démontre à l'échelle des populations que l'environnement peut déplacer considérablement le niveau moyen. Nutrition, santé, scolarisation, complexité croissante des tâches quotidiennes en sont les explications les plus discutées.

La santé de base

Les carences nutritionnelles pendant la grossesse et la petite enfance, les privations chroniques de sommeil, l'exposition à certains polluants comme le plomb ont des effets négatifs documentés. Corriger un déficit produit un gain réel ; ajouter un supplément à quelqu'un qui n'en manque pas ne produit généralement rien.

Le même principe vaut pour le sommeil et l'activité physique : ils restaurent des conditions normales de fonctionnement plutôt qu'ils n'augmentent un potentiel. Ce n'est pas un détail — beaucoup de performances médiocres relèvent d'un déficit de sommeil bien plus que d'une limite cognitive.

Ce qui progresse réellement chez l'adulte

La distinction entre intelligence fluide et cristallisée éclaire ce qu'on peut espérer.

Le raisonnement fluide et la vitesse de traitement se montrent peu sensibles à l'entraînement à l'âge adulte. En revanche, les connaissances, le vocabulaire, l'expertise dans un domaine se développent tout au long de la vie, sans plafond identifié.

Cela oriente l'effort de façon assez claire. Chercher à gagner quelques points sur une épreuve de matrices est un objectif à faible rendement. Approfondir un domaine, lire de façon exigeante, écrire, apprendre une langue, développer une compétence technique produit des bénéfices bien plus tangibles — y compris sur ce que les tests verbaux mesurent.

Une conclusion mesurée

Peut-on augmenter son QI ? À l'échelle d'une population et sur une génération, oui, et l'histoire du siècle dernier le prouve. À l'échelle d'un enfant dont on améliore les conditions de vie et la scolarité, oui également.

À l'échelle d'un adulte cherchant à faire monter son score par des exercices ciblés, la réponse honnête est : marginalement, et surtout par effet de pratique. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a rien à faire — cela veut dire que l'effort est bien mieux investi dans l'acquisition de compétences réelles que dans l'optimisation d'un chiffre.

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